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MOBUTU SESE SEKO - UNE PECHE RATEE

14 Avril 2013 , Rédigé par Lucas Publié dans #Société

Les amis de nos amis sont nos amis. Les ennemis de nos amis sont nos ennemis. Les amis de nos ennemis sont nos ennemis.

Ce jour-là, un dimanche, je suis parti voir mon ami Youyou, un collègue de service, chez lui. Il m'accueille, me présente un mec, qui devait travailler à la présidence de la république. L'on fit connaissance et la causerie demarra sans tarder. L'on parla de tout et de rien. Le gars de la présidence, oh quelle gueule il avait celui-là, décidemment c'est lui qui fut presque l'animateur principal du trio que nous formions. Encore qu'il venait déjà d'avaler quelque deux ou trois verres de vin, cela ne fit que délier sa langue. Il nous causa de beaucoup de choses qui se passent à la présidence et entre autres, l'histoire d'un des chefs de secteur à qui le président Mobutu avait confié la gestion de son domaine agro-pastoral de la Nsele.

Il fallait remplir de poissons le grand étang où Mobutu Sese Seko Kuku Ngwendo wa za Banga, allait, dans ses heures creuses, tuer son temps à pêcher. Il  y était dressé un barbécue sur lequel grillait le poisson fraîchement sorti de l'eau. Le chef de secteur, pour ce faire, avait fait un devis qu'il avait présenté au Maréchal Mobutu, pour signature. Une fois signé le devis, l'argent était débloqué pour procéder à l'achat des alevins. C'est sur le poisson du fleuve "mboto" que le choix du président s'était porté. Un poisson à la chair très exquise qui a sa place d'or auprès des gourmets à Kinshasa. En ce moment, l'étang regorgeait de plus de "mayanga", silures, que de "mboto".

L'argent débloqué constituait une petite fortune et la tentation visita la conscience de notre chef de secteur. Avec la complicité de certains amis de la présidence, qui avaient tout fait pour que le devis soit vite signé et l'argent débloqué (dont le montant avait sûrement été gonflé), l'argent pris d'autres destinations. Les complices empochèrent chacun sa part, le chef de secteur aussi, et une petite partie fut utilisée pour les achats. Après quoi, rapport fut fait au président que le travail s'était déroulé comme il fallait. Tout était OK.

Au bout de quelques mois, selon la période de pêche qu'avait indiquée le chef de secteur, le président Mobutu pensa aller psser quelques heures à la pêche, avec l'idée de manger du mboto frais. A l'annonce du programme de pêche du Grand Chef, tous les complices étaient en état d'alerte ! De coups de téléphone ont été énvoyés en masse entre eux pour s'enquérir de la situation quant à la réalité des faits : y avait-il du mboto dans l'étang ou pas ? Pour ce faire, la consigne était donnée au chef de secteur par les siens qui ne voudraient pas du tout voir leur copain dans de mauvais draps : "etre sur ses précautions". Les complices étaient comme des héros dans l'ombre et en cas de problème, seul le chef de secteur assumait la responsabilité.

Le cortège présidentiel prit sournoisement la direction de la Nsele. Le matériel de pèche, le barbécue, la table à manger, tout, alors tout, était fin prêt, la chaise du président pour pécher aussi. Le protocole était à la hauteur de sa tâche.

La ligne fut lancée dans l'eau. On mordit, lentement lentement, puis hop-là, le flotteur disparut brutalement dans l'eau et le Président tira : une grosse silure. On applaudit. "Tia ye na moto", mettez-le (poisson) sur le grill. Pécher le plus de mboto, c'était son obstination, mais il n'est sorti au bout de trente minutes qu'un mboto. Le président n'en croyait pas ses yeux, et l'on sentait sous ses lunettes aux glaces claires une certaine déception reposat sur un masque de fureur, de rage. Il commença à comprendre et à soupçonner quelque chose. Il fit venir le chef de secteur tranquillement qui lui répondit que bientôt, vers 17 heures, c'est l'heure où les mboto sortent de leur cachette pour manger.

17h30 ! Aucun mboto sorti de l'eau.

Alors le président éclata de colère : "Vite, téléphonez Auxeltra-béton pour qu'on envoie d'urgence une moto-pompe", confie-t-il à l'oreille d'un de sa ceinture. Après une demi-heure, le Président demanda à son type d'aller sur la grande route et attendre l'arrivée du véhicule d'Auxéltra-Béton avec le matériel de vidange. Il était l'un des complices du chef de secteur. C'est alors qu'il eut le temps d'envoyer un sms au chef de secteur. "C'est le moment, où tu te sauves ou tu meurs". Le chef de secteur avait compris le message sans chercher d'explication. Profitant d'une petite distraction des personnes sur place, il fut semblant d'aller au bureau. C'est alors qu'il prit la poudre d'escampette et disparut, pour toujours, en laissant même sa veste sur le fauteuil du bureau.

Le travail de vidange dura quelques bonnes longues minutes et une fois l'étang rendu à sec, l'on procéda à la fouille. On ne put  cueillir que quelques mboto, qui ne représentaient rien du tout par rapport à la somme sortie. Alors, c'est là que le Président Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu wa za Banga Joseph Désiré, sortit toute sa rage de fauve prêt à sauter sur la proie. Il demanda à ses sbires de lui amener dans l'immédiat le chef de secteur, mais hélàs, au bureau, ceux-ci  ne trouvèrent que la veste du chef de secteur !

 

(Raconté par un ami de nos amis)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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